De janvier à septembre 2026, l’est de la RDC a enchaîné les catastrophes : crue meurtrière à Uvira, incendie ayant coûté la vie à au moins 26 écoliers à Bukavu, naufrage sur le lac Kivu. Le pays vient pourtant de se doter d’un programme national d’alerte précoce, mais ces drames montrent combien les communautés restent démunies face aux aléas.
Le 28 janvier 2026, à Kinshasa, la Première ministre Judith Suminwa Tuluka a lancé officiellement l’initiative « Alerte précoce pour tous » (Early Warnings for All, EW4All). Le Bureau des Nations unies pour la réduction des risques de catastrophe (UNDRR) l’accompagne. Lancé en 2022 par le secrétaire général de l’ONU, ce programme vise à couvrir chaque habitant de la planète par un système d’alerte d’ici 2027. En RDC, il doit déboucher sur une feuille de route pour un dispositif multirisque : inondations, glissements de terrain, sécheresses et tempêtes.
L’enjeu est considérable. Selon un rapport de l’Organisation météorologique mondiale (OMM), le pays a subi de graves inondations trois années de suite, en 2023, 2024 et 2025. Pour la seule ville de Kinshasa, l’OMM recense en 2025 au moins 165 morts, plus de 7 000 déplacés et plus de 60 000 personnes affectées.
Uvira sous les eaux
À partir du 1er mai 2026, des pluies persistantes ont fait déborder la rivière Kalimabenge à Uvira, au Sud-Kivu. La commune de Kalundu et les quartiers de Nyamianda et Kilibula ont été les plus touchés. D’après la Fédération internationale des sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge (FICR), environ 7 776 personnes, soit 1 555 ménages, ont été sinistrées.
Les évaluations de la Croix-Rouge font état de 544 maisons endommagées, dont 13 entièrement détruites, de 1 110 déplacés et de six morts. Des sources d’eau ont été contaminées et des latrines inondées, ce qui fait craindre des maladies hydriques.
Bukavu, des écoles en cendres
Le jeudi 10 septembre, vers 9 heures, un incendie s’est déclaré dans une habitation du quartier Cimpunda, commune de Kadutu. Il s’est propagé aux écoles primaires Furaha et Ujamaa, construites en planches, alors que les élèves étaient en classe. La panique a provoqué une bousculade : des enfants ont sauté des étages, d’autres sont morts asphyxiés ou piétinés.
Selon l’UNICEF, au moins 26 enfants ont perdu la vie et 25 ont été blessés. Certaines sources hospitalières avançaient un bilan plus lourd. L’administration provinciale mise en place par l’AFC/M23, qui contrôle Bukavu depuis février 2025, a fait état d’environ 300 maisons détruites et annoncé une enquête. L’origine du feu reste inconnue.
Ce drame n’est pas isolé. De la ville, aux quartiers populaires faits de maisons en bois serrées sur le flanc de colline, avait connu plusieurs incendies les jours précédents. En octobre 2025, un sinistre y avait déjà tué 14 personnes, dont 12 enfants.
Naufrage au large d’Idjwi
Dans la nuit du samedi 26 au dimanche 27 septembre, une embarcation motorisée a chaviré dans le territoire d’Idjwi. Elle transportait des commerçants de poisson et leurs marchandises. Au moins 12 corps ont été repêchés, selon les autorités locales.
D’après le chef du village de Kisheke, plus de 50 personnes se trouvaient à bord et une quinzaine ont été secourues. Plusieurs passagers restaient portés disparus. L’itinéraire exact et les causes du naufrage n’étaient pas encore établis.
Des facteurs aggravants bien identifiés
Plusieurs facteurs connus aggravent ces catastrophes : constructions sur des pentes instables et en matériaux inflammables, réseaux de drainage insuffisants, déforestation. À Bukavu, de nombreux ménages dépendent du charbon de bois. Sa production pèse sur les forêts des territoires voisins de Kalehe, Kabare et Mwenga [chiffre de perte forestière à préciser]. Or le recul du couvert forestier favorise l’érosion, les glissements de terrain et le ruissellement.
Le phénomène dépasse la RDC. En Afrique australe, les inondations de décembre 2025 à janvier 2026 ont fait au moins 280 morts et touché près d’un million de personnes. Selon une étude rapide du réseau World Weather Attribution (WWA), l’intensité des fortes pluies y a augmenté d’environ 40 %. Les chercheurs jugent cette hausse inexplicable sans le réchauffement d’origine humaine.
Lors du lancement d’EW4All, la Première ministre avait appelé à rompre avec une gestion des catastrophes « essentiellement réactive ». Kamal Kishore, représentant spécial du secrétaire général de l’ONU pour la réduction des risques de catastrophe, avait souligné qu’une alerte émise au moins 24 heures à l’avance peut réduire de 30 % les pertes économiques. Encore faut-il que l’alerte atteigne les quartiers et les villages, et que les populations aient les moyens d’agir.
Par Murhimanya Muhigwa Marianna