Depuis l’été 2026, un rapport du Groupe d’experts des Nations unies documente des liens croissants entre l’ancien président Joseph Kabila et la rébellion de l’AFC/M23 dans l’Est de la République démocratique du Congo (RDC), remettant en la face du monde l’ampleur des intérêts économiques et géopolitiques qui traversent le conflit du Grand Kivu.
Trois blocs d’acteurs structurent ce dossier : l’ancien président congolais Joseph Kabila, au pouvoir de 2001 à 2019 ; la rébellion de l’Alliance Fleuve Congo (AFC) et du M23, soutenue par le Rwanda selon plusieurs rapports onusiens successifs ; et deux puissances extérieures, la Chine et les États-Unis, engagées dans une compétition pour l’accès aux ressources minières congolaises (cuivre, cobalt).
Le Groupe d’experts de l’ONU sur la RDC, dans un rapport transmis au président du Conseil de sécurité début juillet 2026, établit que Joseph Kabila se serait rendu à plusieurs reprises depuis mai 2025 dans des zones contrôlées par l’AFC/M23 et y aurait rencontré la direction du mouvement. Le document évoque également, selon plusieurs sources recoupées par les experts, un remaniement imminent de la rébellion, incluant un changement de nom, dans lequel Joseph Kabila serait pressenti pour un rôle de premier plan. L’ancien chef de l’État, condamné à mort par contumace en septembre 2025 par la Haute Cour militaire congolaise pour trahison et organisation d’une insurrection, conteste le caractère politique de cette procédure.
Les développements décrits se concentrent dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, à l’Est de la RDC, avec des rencontres évoquées notamment à Gisenyi, du côté rwandais de la frontière. En toile de fond, le projet de corridor ferroviaire de Lobito relie la ceinture minière de la RDC et de la Zambie à l’océan Atlantique via l’Angola — un axe présenté comme concurrent des routes d’exportation sous influence chinoise vers l’océan Indien.
L’origine des réseaux d’influence économique remonte aux accords dits du « contrat du siècle », signés entre 2007 et 2008 sous la présidence Kabila, portés par la coentreprise SICOMINES. Les révélations les plus récentes sur les liens présumés entre Kabila et l’AFC/M23 datent du rapport onusien rendu public début juillet 2026, dans un contexte de combats toujours actifs dans le Grand Kivu.
Pour Kinshasa, l’enjeu est la souveraineté sur des gisements de cuivre et de cobalt jugés stratégiques pour les chaînes de valeur technologiques mondiales. Pour Pékin, il s’agit de préserver un accès privilégié à ces ressources, construit sur quinze ans de partenariats d’infrastructures. Pour Washington, le financement du corridor de Lobito vise à réduire la dépendance occidentale vis-à-vis des circuits d’approvisionnement chinois en minerais critiques. C’est dans ce contexte que le magazine Le Messager Africain, dans son édition d’août 2026, qualifie la guerre à l’Est de la RDC de « confrontation systémique » entre superpuissances, se jouant par rébellions et intermédiaires interposés plutôt que par affrontement direct.
Cette lecture géopolitique, si elle éclaire un angle réel et documenté l’imbrication entre intérêts miniers, alliances militaires et instabilité régionale reste pour partie une interprétation. Le rapport de l’ONU établit des faits vérifiables sur les déplacements et contacts de Joseph Kabila avec l’AFC/M23, ainsi que sur les livraisons d’armements documentées dans la région. En revanche, l’idée d’une stratégie chinoise délibérée d’entretien du conflit pour retarder le corridor de Lobito relève d’une hypothèse d’analyse, non d’un fait établi par une source primaire citée. Comme sur l’ensemble du dossier Rwanda-RDC, la prudence s’impose : Kigali, sollicité par les experts onusiens sur son soutien allégué à l’AFC/M23, n’avait pas répondu à la date de rédaction du rapport.
Source : Le Messager Africain, Genève/Suisse, édition d’août 2026.